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Vivre en unschooling signifie lâcher prise, accepter l'imprévisibilité, l'incertitude, sortir de schémas typés littéralement incrustés dans chaque individu par l'Etat.

Mais cela signifie surtout éduquer en accord avec l'organisation naturelle de l'enfant, être conforté par les récentes recherches en neuro-sciences, et les expériences d'enfants ayant grandi avec ce modèle depuis les années 1970, et depuis 100 ans dans des écoles (Summerhill) où l'enseignement est autonome et généré par l'enfant, le jeune.

Ainsi qu'éclairé par le point de vue des universités anglophonnes dans ce domaine.

Réfléchir sur l'éducation, l'instruction.

Qu'est-elle? Qui est légitime?

Faire des choix éclairés et exercer son libre arbitre.

Le stress est généré par l'inconnu, qui oblige à sortir de sa zone de confort. Le sentiment de manque de contrôle déclenche l'anxiété, le stress, voir la dépression. C'est l'impression de contrôle qui nous rassure, et le schéma scolaire offre cette illusion de contrôle.

Alors, qu'en est-il de la réalité scolaire?

1) 12% à 15% des jeunes qui entrent au collège sont illétrés. C'est ce qui ressort d'un rapport remis au ministre Blanquer en avril 2018 par le professeur A. Bentolila. Ce rapport n'a pas été rendu public mais les journalistes du Point y ont eu accès, et Boris Cyrulnik y a fait référence dans une émission de radio dont les chiffres sont commentés par LCI et vient conforter des chiffres déjà connus auparavant. 

2) Le PISA. Il est certainement criticable par certains aspects, mais reconnu par "l'establishment" donc, "rassurant". Les résultats complets du PISA, en français, ici et ici. Et la réaction affligeante de l'EN , ici. Qui trouve que les pays au-dessus d'elle (Belgique, Allemagne) sont "à peu près pareils". Et qui a comme réponse à la question: "Comment faire quand notre façon de procéder est mauvaise?" répond: "On va la conserver mais la commencer plus tôt".... Quand on est 27e sur 70 pays "développés", la modestie et le regard lucide sur soi-même devrait être de rigueur.

3) "Le taux de suicide constitue un autre indicateur de la santé mentale des jeunes propres à nous donner une douche froide. Depuis 1950, le taux de suicide des enfants de moins de 15 ans a été multiplié par 4 (...) celui des adultes a baissé (...) Cette augmentation des taux semble indépendante des dangers objectifs et des menaces émanant de la situation mondiale. (...) Durant la Grande dépression, la seconde guerre mondiale, la guerre froide (...) le taux d'anxiété et de dépression était bien plus bas que maintenant (...) (pourtant) Tout porte à croire que l'impression de contrôle sur nos vies a augmenté autour des décennies passées" ( in "Libre pour apprendre" de Peter Gray pp 34/35)

Nous avons donc des enfants à la santé mentale plus fragile, voir suicidaire, qui seront à peu près 1/6 à entrer illétrés au collège (français), 1/4 à ne pas avoir "l'ensemble des codes" pour réussir des études, qui seront rapidement re-dirigés vers des "voies off" (qui devraient au contraire être re-valorisées!) afin de ne pas perturber le "plus de 80% de la population (celle qui est parvenue jusque là, donc, ce qui n'est pas "toute la population") qui réussit son BAC.

Enfants qui, à 15 ans, se hissent péniblement dans le bas de la première moitié du PISA. Rappelons que cette mesure est prise au sein de pays occidentalisés où le niveau d'instruction, surtout corrélés au budget qui y est alloué, est sensé être élevé et où les conditions d'instruction sont sensées être "idéales" (pas de guerre, famine, extrême pauvreté, etc...).

Et c'est ce modèle, même transposé à la maison, qui vous rassure?

C'est une réalité qui s'explique très bien, psychologiquement, parce que j'appelle le syndrôme de Stockholm scolaire. Vous avez été scolarisé, pour la plupart de ceux que le unscholing insécurise, certains parents se sont même très bien accomodés du moule (n'oublions pas que la situation est différente aujourd'hui en termes d'apprentissages et d'ambiance) et on vous a porté en brocard de la "réussite scolaire". En accompagnant celle-ci de l'adverbe "grâce à" en place de "malgré cela".

Vous êtes arrivés à, vous avez tel diplôme grâce à.... mais c'est une vision subjective et qui ne peut être prouvée.

Grâce à, ou malgré l'école?

Et qu'en est-il de la réalité du unschooling?

Comment construire de nouveaux schémas mentaux rassurants?

- 1) Prendre conscience de la réalité d'une situation. Le système scolaire n'est pas efficace. Les enfants sont plus stressés, plus suicidaires, le taux d'illétrisme scandaleusement élevé, la baisse du niveau de langage et de compréhension aussi (un enfant de grande section devrait avoir un panel de vocabulaire de 2500 mots, la plupart n'en ont que 250) tel que des rééditions de livres pour enfants se font avec un appauvrissement du niveau de vocabulaire, ou que les musées comme le Louvre décident d'abandonner les chiffres romains au profit de chiffres arabes "plus accessibles".

Nos enfants sont pourtant les européens qui passent le plus de temps à l'école sur une journée, là où les adultes passent le moins de temps de travail sur une journée.

Les méthodes utilisées, même décriées par les neuro-sciences, sont toujours à l'oeuvre. Apprentissage de lecture global, découpage de l'instruction par "matières", ce qui est improductif, plutôt que par "thèmes  (les fameux "Unit studies" américains qui sont la base désormais de l'instruction finlandaise). Et je dois m'arrêter là...

- 2) S'appuyer sur les découvertes florissantes des neuros-sciences. On apprend mieux dans un milieu rassurant, apaisant, bienveillant, qui va développer la plasticité du cerveau et produire des hormones "du bonheur" (v. Les travaux du Dr Guégen, pédiatre, qui s'appuie sur les recherches en neuro-sciences et son livre "Pour une enfance heureuse").

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Les connexions du cerveau sont meilleures si elles permettent justement, de connecter une information nouvelle à une information existante. Si elle peut être replacée dans un espace (historique, géographique, ludique,...) particulier, et, surtout, si elle a généré des émotions ou un intérêt particulier (ce qui rend si moderne les recommandations de Charlotte Mason de lire des livres "vivants" , c'est à dire écrit par des personnes passionnées). Les manuels scolaires et les cpc sont secs, déconnectés de la vie de l'enfant, et découpés en matière, déconnectés donc aussi de la réalité. Et de celle de l'Homme, et de ses processus d'apprentissages.

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Le cerveau a aussi besoin d'être oxygéné (du temps passé à l'extérieur et à faire des exercices, v. le "Bouge ton cerveau!" du Dr Suzuki). Et le corps ausi, comme le rappelle Ken Robinson, il n'est pas juste un objet destiné à transporter le cerveau, il a besoin de bouger. La pédagogue anglaise Charlotte Mason recommandait 4h/jour à l'extérieur pour des enfants en âge de primaire.

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une activité estivale de la ville de Marseille, 2 heures d'apprentissage de la voile pour 2 euros.

On apprend également mieux, en terme de mémorisation, selon le type d'enseignement.

formel, 5%

lecture 10%

audiovisuel 20%

démonstration 30%

groupes de discussion (conversation sociale) 50%

pratique 75%

enseignement à autrui 90%

utilisation immédiate de la connaissance 90%

(Tableau d'apprentissages des National Training Laboratories, Bethel, Maine USA in "Pourquoi beaucoup de familles ayant choisi l'IEF ont trouvé un système d'apprentissage parfaitement adapté à la démocratie",Dr Meighan R., in Apprentissage auto-géré et instruction à la maison, une perspective européenne).

- 3) La légitimité.

L'éducation est réservée prioritairement aux parents. Cette loi est inscrite dans les constitutions belges et françaises, entre autres, et européennes, entre autres.

Vous a-t-on demandé un diplôme de puéricultrice à la naissance de votre enfant? Un diplôme de psycho-motricienne lorsque vous l'avez accompagné dans l'apprentissage de la marche? D'ergothérapeute quand il a développé sa motricité fine pour manger seul? D'orthophoniste quand il a appris à parler? Vous aviez ces compétences et souvent, vous en avez acquises en vous instruisant. Auprès de votre mère, de votre pédiatre, de votre bibliothèque, d'émissions télévisées, de témoignages d'autrui qui avait acquis cette expérience, ce "savoir et savoir-faire".

Vous êtes responsables du niveau de langage, et donc, de la compréhension du monde, de votre enfant. Vous êtes responsables de son développement psycho-affectif, physiologique et intellectuel.

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des activités très libres ou plus organisées...

 

Ne déléguez pas trop sans réfléchir, dépassez "l'opinion" pour parvenir à la vérité. Une vérité construite sur des faits objectifs, assez puissants que pour arracher l'endoctrinement, l'asservissement. Avez-vous déjà discuté IEF avec une personne qui n'est pas dans cette démarche? N'avez-vous pas déjà été confronté à cette répulsion viscérale, où l'individu n'exprime pas une opinion fondée, mais une assertion intouchable. Jusqu'à l'hystérie? Cela vous donne la juste mesure des mots que j'ai employés. Endoctrinement, asservissement.

- 4) Se réapproprier notre histoire humaine et réfléchir à "l'école" ou à "l'école reproduite à la maison". Elle date du XIXe siècle et est née du besoin de main d'oeuvre pour la production de masse de l'ère industrielle. Ce n'est plus de dont l'Homme et la société ont besoin.

Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, l'instruction se faisait par mimétisme. La collecte étant mise à la disposition de la communauté, personne ne craignait d'essayer quelque chose de nouveau et cela développait la créativité, l'intelligence (v Peter Gray in "Libre pour apprendre"). Puis l'Homme s'est installé, on a retrouvé les premières traces d'écriture à Sumer. Il s'est installé, à délimité des champs pour élever du bétail et cultiver, ce qui a généré l'apparition de l'écriture: le besoin de compter désormais. Les garçons et les filles ont été séparés, chacun se retrouvant avec plus de liberté selon le sexe, à s'occuper de familles plus importantes, ou à cultiver et veiller aux troupeaux. Mécanique, le travail de la terre requérait moins d'inventivité, le risque de se tromper pesant trop lourd sur la famille, et la propriété créant des séparations sociologiques. La société fut donc découpée en gynécée et patriarcat, en maîtres et en esclaves, ou asservis. Il y eut donc à nouveau une portion de l'Humanité dégagée des contingences agricoles pour pouvoir se consacrer à nouveau à l'invention, à la réflexion. Ce fut le "miracle grec". Charlemagne reprit le Trivium et le Quadrivium pour fonder un système d'enseignement (destiné aux clercs) qui a fondé lemythe d'une école qui remonterait à l'époque carolingienne. Le système "Maître-Disciple" de la Grèce antique, sous diverses formes, constitua le noyau d'apprentissage dans le monde laïque. Bien des aventures eurent lieu, dont la Peste noire qui décima la moitié de la population d'une partie de l'Europe et redonna de la valeur à la main d'oeuvre humaine, abolissant partiellement le servage en tant qu'esclavage. 

Ceci est un grand écart historique pour rappeler que jamais, dans l'histoire de l'Humanité, rien ne fût enseigné comme cela l'est dans des écoles. L'instruction de masse, est une nouveauté déjà totalement obsolète. Non seulement, on enseigne pas comme hier mais pour demain, mais nul ne pouvant prédire ce que sera le monde dans 5 ou 10 ans, n'est-il pas indispensable de former des individus créatifs et inventifs, capables de s'adapter rapidement, de s'intéresser durablement, de s'interroger, de chercher, d'essayer, de ne pas avoir peur de l'erreur? Des individus ont révolutionné le monde actuel en bidouillant des ordinateurs dans le garage de leurs parents, des femmes noires mathématiciennes ont envoyé un homme dans l'espace en pleine ségrégation, des starts-up émergent à chaque instant, fulgurances éphémères ou géniales conceptrices. Ils ont essayé, sans craindre l'échec. Il n'y a plus de générations qui se comptent par système de séquence de reproduction humaine. Enfants, parents, grands-parents. J'ai 5 enfants et ils appartiennent, en 13 années d'écart, à 2 générations différentes. Y, Z. J'appartiens à la X. Elles cohabitent, dans la maison, sur le lieu du travail et sont totalement, profondément sociologiquement différentes. Il n'y a pas une mais probablement deux générations entre vos enfants et vous. Et chacune de ces générations est plus fondamentalement différente de la suivante et de la précédante que cela ne l' a jamais été dans l'histoire de l'Humanité.

5) Vous êtes stressés par le unschooling.

"C'est difficile de mettre le doigt dessus mais pourtant ça marche" Alan Thomas in "Être et Devenir" de Clara Bellar(courte vidéo)

Aménagez un environnement riche. Elevez votre niveau de langage, instruisez-vous. Mettez-vous en contact avec des personnes passionnées. Enseignez de manière plus efficace, grâce au tableau ci-dessus. Enseignez la dialectique en la pratiquant (regardez cette courte vidéo de J.Gatto in "Être et Devenir"). La perséverance en perséverant. L'amour de la nature en vivant avec elle, du monde en voyageant, de l'étude en ne l'associant pas à une contrainte ergo-statique, ou à un jugement de valeur, ou en n'étant pas un ensemble de faits dénués de sens et de liens. L'étude est un lien de compréhension et d'appartenance au monde, c'est l'objectif. Vivez des situations vivantes! Etudiez la dialectique, la philosophie, la nature, la géographie,l'histoire, la politique, la litérature, les mathématiques, les sciences, les langues, non par souci de "tout apprendre" et d'être exhaustif, mais d'apprendre à apprendre, intensément, intelligemment, selon les intérêts et les opportunités.

Entraînez vos enfants à être les adultes de demain dans un monde dont vous ignorez tout, qui est imprévisible.

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