Il y avait cette exposition, à la Vieille Charité: Van Gogh-Monticelli.

VG a 33 ans lorsqu'il arrive à Paris, il a été prédicateur, acheteur, a vécu aux Pays-Bas, en Belgique, en Angleterre...il accompagne son frère Théo et court les musées et les galeries. Il découvrira Monticelli chez un galériste. Il convainct son frère d'acheter des toiles et rêvera toute sa vie de lui ressembler. Cette même année, Monticelli meurt à Marseille. VG descend à Arles, espérant trouver dans le sud des toiles de Monticelli et peindre comme lui, en plein soleil. Les lettres qu'il adressera à son frère témoigneront de son admiration.

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Fleurs dans un vase bleu, de Monticelli, et Fritillaires, de Van Gogh.

"Monticelli prenait quelque fois un bouquet de fleurs pour rassembler sur un seul panneau toute la gamme de ses tons les plus riche et les mieux équilibrés (...). Il faut aller directement à Delacroix pour trouver à ce point l'orchestration des couleurs." Lettre de Vincent à Théo.

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La seule photo que j'ai pu faire, hélas, à l'intérieur puisqu'il s'est avéré que c'était interdit. Sans flash bien entendu, pour ne pas abîmer l'oeuvre. C'est un Delacroix. Les couleurs de celui-ci illustre bien les propos de Vincent au sujet de la couleur de Monticelli.

Quelques peintures de Delacroix étaient présentées en début de parcours car Van Gogh admirait particulièrement ses talents de coloriste.

On ignore, souvent, que le peintre hollandais était un excellent critique d'art. Comme Monticelli, en arrivant à Paris, il a arpenté le Louvre où il s'est enthousiasmé pour les grands coloristes: Titien, Rembrandt, Rubens, Delacroix.

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Les natures mortes de Monticelli étaient considérées comme des classiques incontournables. Si le sujet de composition s'inspire des maîtres flamands du XVIIe s, la matière du tableau s'en distingue radicalement, car ce qui caratérise la peinture de Monticelli, ce sont ces empâtements épais, brillants. Van Gogh (les harengs à gauche) a "digéré" la leçon matiériste de son héros mais la couleur, la composition se radicalise chez lui. Doucement, il emprunte les voies de l'expressionnisme.

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Deux peintres visionnaires, qui percevaient la lumière, la couleur, avec une acuité particulière. Ils avaient cette capacité extraordinaire de laisser au tableau la transcription d'une sensation immédiate, à peine transformée. Ce sont les taches d'ombres et de lumières qui construisent les feuillages et dessinent les troncs. Ci-dessus, deux vergers. VG y plantera son chevalet à l'instar de celui qu'il admire.

Le verger de Van Gogh, à droite, est empreint de cette influence japonisante qui marquera la peinture de cette époque. Les estampes japonaises, importées à Paris ont apporté un vent de fraîcheur dans une peinture en pleine mutation. J'ai été particulièrement marquée par ce verger, un assez grand modèle pour une peinture de VG. Une oeuvre lumineuse, pimpante et gaie. Je n'en avais jamais vu, ni en peinture, ni en reproduction. C'est un tableau du MOMA de NY. Et tout le mérite de cette exposition fut aussi de présenter des oeuvres plus originales. Ces touches perpandiculaires sont originales aussi dans l'oeuvre de VG et apportent une profondeur particulière au sol en le piquetant de ces hachures vives qui griffent le sol comme les hautes herbes griffent les mollets dans une prairie d'été.

Moins solaire que celui de Vincent, le verger de Monticelli (à gauche).

Les empâtements, les variations colorées d'une gamme relativement restreinte et sourde du tableau de Monticelli m'ont trouvée éperdue de contemplation. Ce feuillage qui vibre comme un ciel d'orage entre l'ombre et la lumière, ce sol à la composition si équilibrée, si riche en détails et la maîtrise extraordinaire du rendu de son relief... un chef-d'oeuvre! (J'adorerais l'avoir dans mon salon!!!)

Ci-dessous, deux sous-bois. Celui de Monticelli (à gauche) est plus ensoleillé que son verger. Celui de Vincent est fabuleux: une valse végétale hypnotisante. Un fourmillement de détails pour un foisonnement de verdure. Les touches sont variées, plus qu'elles ne le sont habituellement dans un tableau de VG. Des touches pointues pour le feuillage, d'une variété infinie de couleurs et de lumière, des hachures obliques, de longs traits élancés pour les jeunes arbres tendus vers le soleil et d'autres courbes et serrés qui dessinent un tronc séculaire. Une merveille. Je le VEUX dans mon salon!

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"Je préfère peindre des yeux humains plutôt que des cahédrales car il y a dans les yeux quelque chose qu'il n'y a pas dans les cathédrales (...): l'âme d'un être humain." Vincent.Deux auto-portraits. La maîtrise impressionante des deux maîtres.L'inoubliable regard de Vincent.

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Ce champ de blé avec vue d'Arles est rare, car Vincent peignait rarement des monuments, des villages, l'activité industrielle était intense, à l'époque. Mais la vedette, ce n'est ni la ville, ni les faucheurs mais bien, le champ de blé dans cette extraordinaire gamme de jaune.

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Les roulottes, les chevaux ofrent un thème de composition très structurée. Les contours sont soulignés, le trait marqué, profond.

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L'exercice de cet article est à l'image des catalogues d'exposition. Il ne s'agit que d'une représentation, et les couleurs, la lumière, la profondeur de la matière est  difficilement rendue par l'image photographique. Il faudrait...courir le monde pour retrouver ces oeuvres et les revoir "en vrai". L'émotion naît de la rencontre réelle et la virtualité tue la magie de ces rencontres. Bref, emmenez-vous, avec vos petits bouts, dans un musée, une expo, une galerie et...succombez au choc esthétique!